De la rencontre avec un arbre est née une recherche sur l’organisation du corps en mouvement : une danse incarnée où l’ancrage devient la source d’une circulation entre soi et le monde.
C'est pendant le covid, en résidence au Tapis, que j'ai fait ma véritable rencontre avec l'arbre.
Le lieu est immense, en lisière d'un domaine naturel protégé. Salles de danse, gîtes, des beaux tapis, des pianos partout…
J'y suis seule.
Mon studio, tout au bord du domaine, donne la nuit sur un gouffre noir.
Moi qui n'ai jamais vécu à la campagne, je suis servie.
Aucune envie de danser.
Au centre du domaine, un thuya géant, une arbresse faite de plusieurs troncs, de surgeons, une amplitude presque irréelle.
Ce sera ma seule compagne dans ce silence qui durera 15 jours.
Chaque jour, je viens la voir. Selon le temps, elle me rejette, toute noire, sombre et fermée ; à d'autres moments, la pluie la rend douce comme du velours.
Au grand soleil, elle est rugueuse sous le corps.
C'est ainsi que j'ai découvert la vie des arbres, leur verticalité, leur amplitude, la manière dont ils nourrissent tout ce qui est autour d'eux.
Et aussi, mais c'est une autre histoire, comment cette relation avec cette nature d'abondance normande avait ouvert une réconciliation avec cette terre contrariée où je suis née. Cette terre qui me nourrit, même si parfois ses fruits sont bien amers.
C’est de cette expérience sensible avec l’arbre qu’est née une nouvelle lecture du corps.
C’est de cette rencontre qu’est née la résonance entre l’architecture de l’arbre et celle du corps : deux organisations fondées sur l’ancrage, la verticalité et la circulation.
Un corps qui, retrouvant son lien avec la nature, est enraciné, ancré, traversé, changeant, en relation constante en lui, autour de lui et au-dessus de lui.
Un corps qui ne sépare plus ancrage et mouvement, matière et communication, structure et poésie.
Émerge alors une approche : la poétique de l’arbre.
Peu à peu, l’arbre devient plus qu’une rencontre sensible : il devient une structure de lecture du corps. La figure de l’arbre de vie apparaît alors comme une organisation du vivant, reliant les racines, le tronc et les branches dans un même mouvement de profondeur, de verticalité et de relation.
Dans une pratique en profondeur, le corps puise son appui dans la terre par le pied. Cette relation au sol se transmet à travers les différentes voûtes du corps : la voûte plantaire, le périnée, le diaphragme, jusqu’à la voûte crânienne. Le corps s’organise, s’aligne, se remplit.
Du corps en présence émerge une danse située, où le mouvement naît d'un corps relié.
Relié à la terre, à son axe, à sa respiration et à son environnement.
En explorant ce processus dans une répétition continue — qui repart toujours de la terre, se déploie dans la verticalité, l'horizontalité et revient à la terre — se construit une forme de disponibilité, un état intérieur propice au mouvement.
Ainsi l'ancrage n'est plus une fixation, mais une base sensible et solide qui ouvre le mouvement.
Ce qui circule alors — le souffle, l'énergie, la présence, l'imaginaire — relie le corps à plus grand que lui.
Dans la pratique de L'arbre de vie, le corps devient un espace de communication entre l’espace intérieur infini — le corps sacré — et l’espace extérieur sensible et structuré : les autres, l’architecture, l’environnement.
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