Rencontre avec l’arbre, aux origines d’une réconciliation avec une terre contrariée
C'est pendant le covid, en résidence au Tapis, que j'ai fait ma véritable rencontre avec l'arbre.
Le lieu est immense, en lisière d'un domaine naturel protégé. Salles de danse, gîtes, des beaux tapis, des pianos partout…
J'y suis seule.
Mon studio, tout au bord du domaine, donne la nuit sur un gouffre noir.
Moi qui n'ai jamais vécu à la campagne, je suis servie.
Aucune envie de danser.
Au centre du domaine, un thuya géant, une arbresse faite de plusieurs troncs, de surgeons, une amplitude presque irréelle.
Ce sera ma seule compagne dans ce silence qui durera 15 jours.
Chaque jour, je viens la voir. Selon le temps, elle me rejette, toute noire, sombre et fermée ; à d'autres moments, la pluie la rend douce comme du
velours.
Au grand soleil, elle est rugueuse sous le corps.
Et aussi, - et c'est là l'histoire -, comment cette relation avec cette nature d'abondance normande avait ouvert une réconciliation avec cette terre
contrariée.
Cette terre de France où je suis née, cette terre qui me nourrit, même si parfois ses fruits sont bien amers.
C'est de cette rencontre qu'est né un revirement.
Doucement l'obsession d'être une sans terre, une sans racine à cesser de me hanter.
L'arbre de ses multiples splendeurs m'avait initié au sens profond de l'ancrage.
Être là. A sa place. Non plus dans la nécessité de la revendiquer sans cesse, mais dans une reconnaissance intime du lien avec la terre.
Le monde m'était rendu..
Car où que je sois
La terre est sous mes pas.
Écrire commentaire